Le Coran traduit en hébreu à partir du néerlandais

Quoi de commun entre le Coran, l’hébreu, le néerlandais… et la côte indienne ?

La traduction d’un certain Leopold Immanuel Jacob van Dort au 18e siècle.

La transmission du Coran en langue hébraïque est amorcée de façon fragmentaire et indirecte dès le Moyen-Age.

En effet, certaines œuvres philosophiques, éthiques et polémiques écrites en hébreu contiennent parfois des citations coraniques.

Cependant, les versets du Coran étaient souvent remplacés par des versets bibliques et des citations talmudiques.

Ce n’est qu’à partir du 17e siècle qu’apparaît une traduction intégrale du Coran en hébreu à l’initiative de Jacob ben Israël Ha-Levi.

Ce dernier se base sur la version italienne d’Arrivabene (1547) [1] qui suit la traduction latine de l’édition de Bibliander (1543). Ha-Levi transpose ainsi en langue hébraïque la polémique qui existe alors entre la Chrétienté et l’Islam.

Un siècle plus tard, une autre traduction du Coran en hébreu voit le jour.

Elle est réalisée par le dénommé Jacob van Dort qui utilise comme texte de référence la version néerlandaise de J. H. Glazemaker (1696) dont le modèle n’est autre que la traduction française d’A. Du Ryer (1647).

Il s’agit donc d’une traduction doublement indirecte.

Originaire des Pays-Bas, Leopold Immanuel Jacob van Dort a étudié l’hébreu et les langues orientales en Allemagne avant d’être nommé professeur au séminaire théologique de Colombo où il exerça jusqu’en 1760 [2].

Sa traduction du Coran en hébreu est préservée dans un seul manuscrit du 18e siècle qui se trouve aux Etats-Unis, à la Bibliothèque du Congrès [3] .

MS Washington Library of Congress Hebr. 183 (= Hebr. 99) , folio 254b
MS Washington Library of Congress Hebr. 183 (= Hebr. 99), folio 255a

Composé de 259 feuillets et rédigé en écriture ashkénaze, ce manuscrit papier ne contient ni page de titre ni colophon.

Une étude approfondie de M. Weinstein a cependant permis d’identifier son lieu de production à Cochin, ville située dans l’actuel Etat du Kerala où les plus anciens témoignages de la présence juive remontent au 10e siècle [4].

La copie y aurait été réalisée par un certain David Cohen originaire de Berlin aux alentours de 1750, au plus tard 1760.

Le manuscrit de Washington présente en outre la particularité de contenir des annotations en langue persane.

Ceci laisse penser qu’il aurait transité en Perse avant d’arriver en Inde, illustrant le plus long voyage géographique et linguistique ayant conduit le Coran de l’arabe à l’hébreu.


[1] Il s’agit de L’Alcorano di Macometto, publié à Venise en 1547. Sur le sujet voir Tommasino P. M., « Giovanni Battista Castrodardo bellunese traduttore dell’Alcorano di Macometto (Arrivabene, 1547) », dans Oriente Moderno, 88/1 (2008), p. 15-40.

[2] Fischel W. J., « The Exploration of the Jewish Antiquity of Cochin on the Malbar Coast », dans Journal of the American Oriental Society, 87/3 (1967), p. 230-248.

[3] Weinstein M., « A Hebrew Qur’an Manuscript », dans Studies in Bibliography and Booklore, 10, 1/2 (1971/72), p. 19-52.

[4] Johson B. C., « The Cochin Jews in Kerala », dans id., The Jews of India : a Story of Three Communities, Jerusalem, 1995, p. 27.

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