D’Agadir à l’Escurial, le destin des manuscrits du sultan Moulay Zaydan

Carte du Maroc de Johann Christoph Homann (1703-1730). Les villes de Safi et Agadir sont respectivement appelées Saffie et Santa-Cruz (Sainte-Croix, nom donné par les Portugais).

Maroc, dix-septième siècle. Moulay Zaydan, neuvième sultan de la dynastie saadienne, possède une importante collection de manuscrits léguée en grande partie par son père Ahmad al-Mansur. 

La guerre civile bat son plein et face à la progression de ses opposants, le sultan est contraint de se replier dans la région du Souss. 

Au milieu de cette effervescence, que sont devenus les précieux manuscrits scientifiques, philosophiques et religieux du souverain chérifien ?

L’histoire de la dynastie saadienne qui a regné sur le Maroc entre 1549 et 1660 est étroitement liée à celle de la collection de manuscrits arabes de la bibliothèque madrilène de l’Escurial.

En 1610, le sultan au pouvoir, Moulay Zaydan, doit faire face à la montée de l’ascète Abu Mahalli qui se présente comme le mahdi attendu et progresse militairement vers le Sud.

Deux ans plus tard, après une défaire décisive à Marrakech contre ses opposants, le sultan est contraint de se replier à Agadir.

Le sultan requiert alors les services de Jean Philippe de Castellane, un marchand et consul français chargé de transporter ses effets de la ville de Safi à Agadir par voie maritime.

Castellane arrive à bon port le 16 juin 1612, mais quelques jours plus tard, il prend le large en se dirigeant vers le Nord avec à son bord les biens du sultan. Son but est d’atteindre Marseille afin de vendre sa cargaison au Gouverneur de Provence.

C’est sans compter sur la présence de la flotte espagnole qui intercepte le navire français. Castellane et son équipage sont alors arrêtés et condamnés pour piraterie.

La cargaison est saisie. Or, celle-ci comprend l’intégralité de la collection manuscrite du sultan marocain qui couvre des sujets aussi variés que la médecine, la philosophie, la grammaire, la jurisprudence, la géographie et l’histoire, constituant de ce fait un héritage scientifique de valeur inestimable.

La perte de cette précieuse bibliothèque n’est pas sans conséquence sur le plan diplomatique.

Avec le soutien des Etats Généraux des Pays-Bays, Moulay Zaydan somme la cour de France d’obtenir la restitution de ses manuscrits auprès du roi Philippe II d’Espagne. Sans aboutir.

Lettre du sultan Moulay Zaydan aux Etats-Généraux, 27 juin 1612*

La bibliothèque de l’Escurial devient dès lors définitivement propriétaire des fonds manuscrits du sultan.

La mésaventure se poursuit en 1671, lorsqu’un incendie dans l’enceinte du bâtiment de l’Escurial détruit une partie des manuscrits arabes de la collection saadienne.

Quatre siècles plus tard, le feu de la discorde est maîtrisé, les relations de coopération culturelle entre le Maroc et l’Espagne ayant considérablement évolué. La technologie aussi.

En 2011, 1939 manuscrits arabes reproduits sur microfilms sont ainsi offerts à la Bibliothèque nationale du Royaume du Maroc.

A l’occasion de l’exposition « Vingt-cing années de coopération archéologique maroco-espagnole : de Jbala à Drâa entre la préhistoire et l’Âge moderne», en 2013, la bibliothèque de l’Escurial assure ensuite la reproduction numérique des mêmes manuscrits.

Près de deux mille documents de la collection du sultan Moulay Zaydan traversent alors à nouveau la méditerranée et rejoignent Rabat sous forme digitale.

*Source : Comte Henry de Castries, Les sources inédites de l’histoire du Maroc de 1530 à 1845. Ire série : Dynastie saadienne, 1530–1660, Archives et bibliothèques de France, E. Leroux, Paris, 1909, t. II., p. 106–108.

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