Anakin : le nom évoque l’essence

L’étude des noms des personnages dans une oeuvre de fiction peut s’avérer particulièrement révélatrice. Voici un exemple issu du cinéma qui fait appel à l’hébreu, à l’égyptien ancien et même au berbère. Il y a bien longtemps, dans une galaxie lointaine, très lointaine…

Dans la saga des films Star Wars, Anakin Skywalker est un enfant plein de promesse qui est formé pour devenir un Jedi afin d’assurer la paix dans la galaxie. Or, lorsqu’il arrive à l’âge adulte, il sème la destruction. Anakin devient alors Dark Vador (ou Darth Vador en anglais) qui incarne le mal par excellence.

Plusieurs hypothèses ont été avancées concernant le sens du prénom Anakin. L’exercice relève de l’onomastique, l’étude des noms propres et de leur origine.

Certains rattachent le prénom Anakin au monde germanique, à la langue sanskrite ou encore à la littérature biblique.

Sans remettre en question ces suppositions, il est possible d’émettre une autre hypothèse en se penchant sur la grammaire comparée des langues chamito-sémitiques.

La grammaire comparée étudie l’histoire des développements de différentes langues appartenant à une même famille comme l’italien et l’espagnol par exemple.

Les langues chamito-sémitiques, elles, constituent une famille de langues dont la répartition s’étend sur un large territoire qui inclut, entre autres, l’Afrique du Nord, le Sahara et le Moyen-Orient. C’est le cas de l’arabe, de l’hébreu, du berbère et de l’égyptien ancien.

Si l’on se penche sur cette famille de langues, le prénom Anakin pourrait remonter à une racine qui signifie jemoi.

La forme anaku se retrouve en akkadien. Elle est attestée en phénicien (nk) et en ugaritique (ank).

Anokhi est aussi la forme ancienne du pronom personnel de la 1ère personne du singulier en hébreu biblique. Le pronom va ensuite évoluer pour devenir la forme courte ani qui est ana en arabe.

Enfin, en égyptien ancien on trouve ink et en berbère, la forme nkk.

Si cela est avéré, le choix du prénom du héros de George Lucas serait loin d’être anodin. Anakin ferait parfaitement écho à un trait de caractère qui conduira le personnage à sombrer dans le côté obscur de la force: l’orgueil.

On retrouve là un thème commun aux traditions monothéistes pour lesquelles c’est l’orgueil qui a provoqué la chute du diable, l’incarnation du mal.

Ainsi, dans le Livre d’Esaïe (14, 13-15), il est dit que Lucifer (ou l’étoile du matin) a failli pour avoir nourri dans son coeur le désir de monter au ciel dans le but d’ériger son trône au-dessus des étoiles de Dieu et égaler le Très-Haut.

Au vu de ce qui précède, le sens de moi/je appliqué à Anakin prend tout son sens. Il préfigure la chute dans les ténèbres (dark) d’un personnage à l’ego démesuré qui marche littéralement dans le ciel (Skywalker).

Certes, Skywalker est aussi  le nom du fils d’Anakin, Luc. Toutefois, ce dernier emprunte un chemin beaucoup plus lumineux. Son prénom vient d’ailleurs du grec ancien leukos qui signifie « blanc ». Une toute autre histoire.

A lire : Jean‑Claude Haelewyck, Grammaire comparée des langues sémitiques. Éléments de phonétique, de morphologie et de syntaxe, Langues et Cultures Anciennes 7, Éditions Safran, Bruxelles, 2006.

 

 

Articles associés

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.