Orient-Occident : histoire d’une civilisation

A travers les médias de masse, Orient et Occident sont souvent présentés en terme d’opposition avec pour appui les travaux et idées de certains penseurs et historiens.

Il n’est pas nécessaire de rappeler les impacts politiques et idéologiques négatifs de ces représentations qui ont d’ores et déjà fait l’objet de nombreux constats.

Les lignes qui suivent entendent évoquer brièvement l’apport scientifique peu connu de George Sarton (1884–1956).

Mathématicien et professeur à l’Université de Harvard, ce belge originaire de la ville de Gand est le fondateur de l’histoire des sciences, discipline qui a opéré une véritable révolution dans la représentation des rapports entre l’Orient et l’Occident.

L’aspect majeur de la pensée de G. Sarton est illustré dans son ouvrage The Life of Science : Essays in the History of Civilization (1948) dans le chapitre intitulé “East and West in the History of Science“ (L’Orient et l’Occident dans l’Histoire des sciences) (1).

Rapatriant le lecteur vers le berceau de la civilisation humaine, Sarton explique que l’apport scientifique occidental ne peut être réduit à l’héritage du monde gréco-latin.

L’auteur montre en effet que le miracle grec est une création de la Renaissance et que la science grecque est elle-même tributaire des apports indien, égyptien, mésopotamien et chrétien oriental.

En outre, Sarton conteste l’utilisation de la formule “Dark Ages” ou “Moyen-Age”.

Le bien-fondé de cette appellation est, selon lui, remis en question factuellement par l’apport des sciences arabo-musulmanes et judéo-arabes en Occident à l’époque médiévale, période intellectuelle florissante qui était loin d’être hermétique.

La distinction ou séparation entre l’Orient et l’Occident d’un point de vue de l’histoire des sciences n’est donc pas pertinente.

Selon Sarton, l’apport scientifique bien qu’il soit la réalisation des Hommes au pluriel, reste le fruit de l’être humain au singulier :

« L’unité de l’humanité inclut l’Orient et l’Occident. Ils sont comme les deux faces d’un même homme ; ils représentent deux phases fondamentales et complémentaires de l’expérience humaine… ».

A l’heure actuelle, il est nécessaire de créer des visions nouvelles afin que les hommes puissent coexister pacifiquement dans leurs esprits avant de pouvoir vivre ensemble dans la réalité du quotidien.

Toutefois, les grandes théories, aussi pertinentes soient-elles, restent lettre morte si elles ne sont pas largement diffusées.

C’est pourquoi, faire connaître le travail George Sarton dans le contexte actuel demeure plus que jamais indispensable.

Il reste donc à espérer que la pensée du père de l’histoire des sciences pourra être étudiée, traduite et relayée par les intellectuels, les enseignants et toutes les personnes de bonne volonté.

Pour une véritable alliance des civilisations, ou mieux, pour la naissance d’une civilisation humaine véritable.

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(1) SARTON G., The Life of Science : Essays in the History of Civilization, 1948, p. 131–166.

Télécharger l’ouvragePDF ou le lire en ligne

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