Le crime de l’Orient-Experte : vous avez dit orientaliste ?

Dans l’imaginaire collectif, les termes orientalisme et orientaliste sont souvent connotés péjorativement, tant et si bien que leur usage s’entoure en général de mille et une nuits précautions.

Les termes incriminés vont jusqu’à résonner tels d’insupportables injures dans le chef de beaucoup de monde.

Certes, dans l’histoire de l’orientalisme, il existe des relations entre élaboration de savoirs scientifiques et idéologie politique. Mais cet état de fait n’est pas l’exclusivité des études orientales.

Les conditions, les cadres politiques et disciplinaires ont influencé et influencent toujours les activités scientifiques en général. Toutes les sciences constituent des enjeux sociaux majeurs et comportent des dimensions idéologiques et politiques importantes.

Aujourd’hui, l’orientaliste (qu’il soit européen, anglo-saxon, maghrébin etc.) étudie les différents aspects des cultures orientales selon une méthode qui se veut critique et une approche incluant la philologie, l’histoire ou encore l’anthropologie.

Les études orientales, elles, couvrent des domaines variés tels que l’assyriologie, l’égyptologie, la byzantinologie, l’islamologie, la sinologie etc. Le champ est vaste, même si certains réduisent souvent le monde oriental au monde musulman, adoptant ainsi une perspective islamo-centrée.

Ce point de vue est doublement dommageable, car sont occultées la diversité et la richesse des études orientales d’une part et celle des peuples orientaux d’autre part.

Par exemple, on oublie souvent l’Orient chrétien qui possède une tradition écrite d’expression arabe, arménienne, copte, éthiopienne, géorgienne et syriaque multimillénaire.

S’il est important de rappeler la pluralité des populations du monde oriental afin d’éviter toute vision monolithique, il convient aussi de souligner le caractère idéologique de la séparation entre l’Orient et l’Occident, présentés comme deux blocs distincts.

De nombreux spécialistes en études orientales s’efforcent d’ailleurs de mettre au jour les apports spirituels et scientifiques orientaux dans une perspective universelle et permettent de suivre la circulation des idées en Méditerranée jusqu’en Europe et au-delà.

Une vision négative de la production scientifique de tous les orientalistes sans exception tend néanmoins à persister. Pour en finir avec les clichés et conclure le propos, disons en résumé qu’un orientaliste :

  • n’est pas nécessairement un européen ou un anglo-saxon ;
  • n’adopte pas automatiquement un système de représentation hérité du (post-)colonialisme ;
  • n’est pas forcément un islamologue ou un arabisant ;
  • ne s’aligne pas par défaut à la vision d’un monde qui met en scène un Occident civilisé par opposition à un Orient barbare. Ou inversement.

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