Un autre Sefer Torah originaire du Maroc

L’été dernier, j’ai été contactée par un particulier pour expertiser un autre Sefer Torah à partir d’une série de photographies. D’après son propriétaire, le rouleau était originaire du Maroc. Il mesurait 26m de long sur 0,53cm de large.

Ce Sefer Torah qu’il est difficile de dater est monté sur deux axes de bois et entouré d’un manteau de velours bordeaux. Ce dernier porte une inscription de couleur dorée.

 

L’inscription comporte plusieurs abréviations. En voici le texte et la traduction:

את בגדי הקדש
למנוחת הבחור העלוב יעקב כנאפו
(שנלבע (= שנפטר לבית עולמו) כג לח (= לחדש) סיון ש (= שנת
פורת

Vêtements sacrés [dédiés] au repos de Jacob Knafo, humble jeune homme qui est mort célibataire le 23 du mois de Sivan de l’année (5)686 [= 5 juin 1926]

 

Il ressort de cette inscription que le manteau a été offert pour honorer la mémoire d’un être cher disparu. Le dénommé Jacob est sans doute un membre de la famille Knafo qui constitue, selon S. C. Corcos, l’une des lignées de rabbins les plus importantes de Mogador (Essaouira), voire  du Maroc (1).

Sur les photos qui m’ont été envoyées, on peut notamment lire quelques passages du Deutéronome. Le texte hébreu est donné en écriture pleine (sans voyelles). La traduction française correspond à celle du Rabbinat.

Sur cette première image, le texte débute à Dt 30,16: ולשמר מצותיו וחקתיו ומשפטיו וחיית ורבית וברכך יהוה אלהיך בארץ אשר אתה בא שמה לרשתה (garder ses préceptes, ses lois et ses décrets, tu vivras, tu grandiras et tu seras béni de l’Éternel, ton Dieu, dans le pays où tu vas entrer pour le conquérir).

 

 

Il s’arrête à Dt 31,28: הקהילו אלי את כל זקני שבטיכם ושטריכם ואדברה באזניהם את הדברים האלה (Faites réunir autour de moi tous les anciens de vos tribus et vos magistrats: je veux faire parvenir ces paroles à leurs oreilles).

Sur cette deuxième image, le texte de Torah commence à Dt 32,22: ותיקד עד שאול תחתית ותאכל ארץ ויבלה ותלהט מוסדי הרים (dévorant jusqu’aux profondeurs de l’abîme; il a consumé la terre et ses productions, embrasé les fondements des montagnes).

 

 

Il s’achève à Dt 33,19: עמים הר יקראו שם יזבחו זבחי צדק כי שפע ימים יינקו (Ils convieront des peuples sur la montagne, pour y offrir des sacrifices pieux; car ils aspireront l’opulence des mers).

J’ignore comment le particulier a acquis ce Sefer Torah. Lorsqu’un rouleau est jugé invalide (passoul), il n’est plus utilisé pour les offices. Il n’est pas détruit mais enterré dans une partie du cimetière juif ou déposé dans la guéniza, la pièce dans la synagogue servant à entreposer les ouvrages religieux inutilisables.

 

(1) S. C. Corcos, « La communauté juive de Mogador-Essaouira. Immigrations et émigrations, recherche généalogique et onomastique », dans F. Abécassis, K. Dirèche et R. Aouad (dir.), La bienvenue et l’adieu. Migrants juifs et musulmans au Maghreb (XVe-XXe siècle), Karthala, Casablanca, 2012, p. 123-156.

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