Quand un texte en cache un autre: déchiffrer un palimpseste

Photo: RB Toth Associates

Sir Arthur Conan Doyle dans Le Pince-nez d’or décrit Sherlock Holmes déchiffrant un vieux palimpseste à l’aide d’une puissante loupe. Watson, lui, étudie un traité de chirurgie qui vient de paraître.

Soudain, Holmes arrête de déchiffrer le manuscrit car il a les yeux fatigués. C’est que pour lire un texte très endommagé, il faut davantage qu’une loupe…

Le palimpseste sur lequel nous travaillons dans le cadre du SGP Project  à Manchester contenait à l’origine une traduction syriaque du Traité sur les médicaments simples du médecin grec Galien de Pergame réalisée au 6ème siècle.

Le texte, copié aux alentours du 9ème siècle, a ensuite été effacé pour servir de support à un recueil de prières deux cent ans plus tard.

Les traductions de textes scientifiques en syriaque constituent une étape essentielle dans la transmission du savoir du grec vers l’arabe.

Néanmoins, les sources primaires témoignant de cette activité n’ont été que rarement éditées.

L’étude du palimpseste syriaque de Galien revêt donc une grande importance car elle permet d’étayer l’apport des chrétiens orientaux dans le transfert du savoir médical en Orient, puis en Occident.

Grâce à des technologies avancées d’imagerie numérique et le fruit d’une collaboration internationale, nous avons pu identifier la quasi-totalité du manuscrit.

Nous travaillons actuellement à la transcription et l’édition du texte syriaque. La tâche est loin d’être aisée, et cela pour trois raisons:

1/souvent, le texte original a été si bien effacé qu’il en reste peu de traces;

2/l’écriture du texte supérieur est beaucoup plus épaisse que celle du sous-texte;

3/le manuscrit est endommagé par l’eau à certains endroits.

En guise d’illustration, voici un folio du palimpseste syriaque de Galien dont le texte, quasi imperceptible à l’oeil nu, a été révélé grâce à des techniques d’imagerie multispectrale.

 

Avant
Après

En dépit de tous les efforts déployés, certains folios demeuraient difficiles à identifier. En mars 2018, il ont été soumis au puissant faisceau de rayons X de l’accélérateur de particules du SLAC National Accelerator Laboratory à Stanford.

Les premiers résultats ont été plus que satisfaisants.

Depuis janvier 2019, d’autres parties invisibles du palimpseste sont explorées grâce à des rayons X de très haute intensité.

Nous attendons avec impatiences les résultats.

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